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Le cœur aphone de la voix à l'épreuve de la psychanalyse

Mercredi 25 Mars 2015

Animé par Claire Gillie, Psychanalyste, Docteur en Anthropologie Psychanalytique, Professeur agrégé de musicologie.


 

Réalisation technique : Djamel Hadji | Tous droits réservés

 

Résumé

La voix n’a de cesse de jouer avec les limites du corps pour les transgresser jusqu’à le mettre en péril : dans l’aphonie, le visage déserté par la parole n’est plus que masque ouvert sur la béance du « rien qui sort ». L’aphonie tarit la voix de celui qui voudrait s’inscrire dans la polyphonie sociale. Son discours est subverti par le silence, sa voix se réduit à un corps gesticulant : il n’est plus que corps déserté par la langue, langage troué par le corps mutique. Il se présente souvent comme ayant « sacrifié sa voix sur l’autel de sa profession », avant qu’une écoute clinique ne l’invite à révéler « une autre plainte ». C’est alors que le lamento du patient se fait requiem : « ma voix m’a quittée », « quand je n’ai plus ma voix, je ne suis plus rien », « je parle et rien ne sort », etc.

Sur la scène lyrique, comme sur la scène ethnomusicologique, c’est la mort aux trousses que la voix vient parer les paroles de ses plus beaux atours musicaux ou des pires monstruosités invocatoires. Possédé par « la voix de l’autre », le sujet s’exhibe dans son propre dénuement vocal pour n’être – le temps du concert ou le temps d’un rite – que travesti vocal. N’en est-il pas de même sur la scène politique, la scène religieuse, et bien d’autres encore, où des vetos sont promulgués pour interdire toute jouissance vocale qui viendrait troubler l’ordre social, condamnant ainsi la voix à une forme d’errance perpétuelle ?

Nous verrons que la voix - par structure - emprunte le chemin de toutes les tentations, et joue à quitte ou double avec les ruptures et les excentricités vocales. Un détour par la sociologie et l’anthropologie nous montrera que la voix, en quête pourtant de signature vocale, semble se rebeller devant toute assignation vocale. Refusant tout passeport vocal, elle vit en marge du corps et de la parole.

Elle n’est jamais là où on l’attend (et l’entend). Car en elle, pulse un cœur aphone, une part non sonore, insue d’elle, et qui appelle l’autre en un point sourd. La psychanalyse nous rappelle que derrière la « voix de nature » et la « voix de culture », existe une « voix de structure ». Paradoxalement silencieuse, cette voix pulsionnelle –que Lacan a conceptualisée en tant que « pulsion invocante » - c’est celle de « l’Autre » qui fait de nous des êtres plus « parlés » que « parlants », passagers clandestins de notre propre parole. A moins que …
 

• GILLIE C., Voix éperdues, Solipsy, avril 2014.

De l’autre côté de la voix, sous la dir. de GILLIE, C., éditions Solipsy, 2012.

La voix aveugle, sous la dir. de GILLIE, C., éditions Solipsy, 2012.

La voix sur les braises, sous la dir. de GILLIE, C., éditions Solipsy, 2013.

Vox Dolorosa, sous la dir. de GILLIE, C., éditions Solipsy, 2014.

La voix entre chien et loup, sous la dir. de GILLIE, C., éditions Solipsy, 2015.

 

http://www.clairegillie.com/
http://journeemondialevoixcgillie.com/
http://www.shc.univ-paris-diderot.fr/spip.php?article638
http://www.solipsy-editions.fr/
http://www.crpm.univ-paris-diderot.fr/spip.php?article255